Ghibli est-il mort ?

Vous avez forcément lu quelque part sur les internets que le studio Ghibli est mort !
Mais dans les faits, qu’en est-il en réalité ?

Déjà et avant tout chose, partez bien du principe que ce n’est PAS UNE ANNONCE OFFICIELLE. Vous savez qui c’est ce SUZUKI qui parle ? Vous vous êtes intéressé à ce qu’il a fait dans la vie avec cette annonce ? Je vais vous donner la réponse, Toshiro SUZUKI, c’était le producteur emblématique du studio. Et j’ai bien dit c’était. Parce que devinez-quoi ? Il a pris sa retraite en décembre dernier. Donc, là où son message aurait pu être considéré comme une déclaration officielle l’année dernière, cette année, ce n’est en rien le cas. Son interview n’a pas la valeur d’un communiqué officiel.

En plus, on a eu un grand jeu de la traduction ratée. En mode « Vite, c’est important, faisons la news en premier ! ». Du coup, la version anglaise d’ANN a été « It is by no means impossible to keep producing [movies] forever. [However, we will take a brief pause to consider where to go from here.] », ce qui donne en français  » Il n’est nullement impossible de continuer à produire des films d’animation pour toujours. [Cependant, nous allons prendre une courte pause pour examiner la situation et voir comment nous envisageons le futur.] ». Guess what ? Ce n’est pas ce qu’il a dit. Une traduction correcte aurait été « we could have kept producing [but we decided to take a break and rethink things.] », ce qui donne en français « nous aurions pu continuer à produire [mais nous avons décider de prendre une pause pour repenser les choses.] ». Pas besoin d’avoir un doctorat en grammaire pour se rendre en compte que la signification est loin d’être la même. Mais hé, si ANN avait une éthique et un standard de qualité, on le saurait. Mauvaise nouvelle, tout le monde a repris la news d’ANN, hop, la mauvaise traduction s’est propagée.

Mais ok, admettons, le studio Ghibli va faire une pause. Est-ce que vous avez cherché ce que SUZUKI a dit plus en détail ? Est-ce que vous avez cherché comment fonctionne le studio Ghibli et ce que cela recoupe ? Attention, cela va devenir un tout petit peu technique.
Ghibli, de par son rayonnement et son influence, employait ses animateurs en CDI. Cela signifie que, quoi qu’il arrive, les animateurs recevaient un chèque à la fin du mois. Attention, je parle ici des employés rattachés directement à Ghibli. Le studio DogaKobo (Love Lab, Nozaki-kun pour les animes récents) a depuis toujours collaboré avec Ghibli en leur réalisant de l’in-between voire même de l’animation clé mais les animateurs n’étaient ici pas rattachés à Ghibli. Donc les animateurs de Ghibli sont payés. Chaque mois. Tant que le studio marche, aucun problème, le système tient. Or, en 2014, MIYAZAKI, TAKAHATA et SUZUKI ont pris leur retraite. Mince, d’un coup, le studio ne peut plus imprimer de l’argent comme il le faisait jusqu’à présent. Qu’est-ce-qui se passe quand une entreprise a plus d’employés que ce qu’elle peut payer ? Elle les vire. Pas tous, bien sûr, il va rester un certain nombre d’animateurs, notamment tous ceux qui réalisent des publicités pour différentes marques, ceux qui travaillent avec MIYAZAKI sur ses petits projets perso ou tous ceux en charge du licensing, même si là, c’est plus des commerciaux que des animateurs.

Et donc, si le studio veut faire un film, comment il va faire ? Rien de bien compliqué, il va faire comme font tous les studios d’animation en 2014 (sauf des exceptions comme TOEI, KyoAni ou ufotable), il va avoir recours à du freelance. D’ailleurs, la majorité des bons voire très bons animateurs sur le marché à l’heure actuelle sont en freelance donc Ghibli n’aura aucun problème à en trouver. Quid des anciens employés de Ghibli ? Ils vont aussi se retrouver animateurs freelance mais un ancien animateur Ghibli ne devrait pas avoir trop de mal à travailler sur de nouveaux projets. Ghibli revient juste à ce qu’il était avant Porco Rosse, c’est-à-dire avant que le nom de MIYAZAKI sur une affiche suffise pour rendre n’importe quelle production bankable.

Au final, qu’est ce qu’il faut retenir de cette nouvelle ? Ghibli va devoir repenser sa méthode de productions de film, mais c’était inévitable avec le départ de MIYAZAKI. Le studio devait prendre un nouveau départ. Des employés vont se retrouver à la porte mais retrouveront du travail sans trop de problème. Donc non, cette news n’apprend rien de nouveau et mérite plus de figurer à la page « économie » de votre navigateur internet qu’à la page « animation ». Le vrai problème de Ghibli à l’heure actuelle, ce n’est pas les animateurs. Le vrai problème de Ghibli, c’est qu’ils n’ont plus de réalisateurs capable de gérer des longs métrages comme ont su le faire MIYAZAKI ou TAKAHATA. L’âge d’or du studio est terminé et un sens, Ghibli est réellement mort.

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