Yutaka NAKAMURA, original Bones seal of quality

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Le studio Bones l’adore et le garde jalousement. Découvrez son secret.

Après EBATA que l’on retient entre autres pour son travail sur des génériques et HASHIMOTO, qui a beaucoup travaillé sur des films et des OVA, je voulais aborder un animateur de séries. Je ne vous cache pas que j’aurai adoré parler d’INOUE, dont j’adore le travail, mais son profil étant assez similaire à celui de Hashimoto, je le garde pour plus tard.

Pourquoi Nakamura ? Probablement parce qu’il s’agit d’un des meilleurs animateurs de ces dernières années (et ce n’est pas moi qui le dis). Vous vous souvenez des plus beaux moments d’animation des séries du studio Bones de ces dernières années (comprendre : depuis la fin des années 1990) ? Eh bien il y a des chances, derrière les plus beaux sakuga du studio, de retrouver son nom.

Mais commençons par le début : comme Hashimoto, Nakamura arrive dans le monde de l’animation à la fin des années 80 alors qu’il est âgé d’une vingtaine d’années.

Vous connaissez Kariage-kun ? Moi non plus, mais c’est sur cette série de la Toei qu’il va faire ses armes, en 1989. Il y travaillera sur l’animation clé sur une dizaine d’épisodes (le premier, le dernier et quasiment tous les multiples de 5).
En 1990, il est animateur clé sur la série Yuusha Exkiser (un truc de méchas) : c’est son premier boulot chez SUNRISE.
Il continue tout de même de travailler avec la Toei, sur Mooretsu Atarou (jamais entendu parler), toujours en 1990, toujours en tant qu’animateur clé.

Au début des années 1990, il va travailler pour divers studios (Tatsunoko, J.C. Staff…) mais parmi eux, on continue de retrouver la Toei (sur un panel de série allant de Goldfish Warning! à Dragon Ball Z, en passant par du Getter Robo), et Sunrise (Taiyou no Yuusha Fighbird, Mobile Fighter G Gundam).

G Gundam (1994) est d’ailleurs peut-être une de ses premières grosses réalisations : animateur clé du dernier épisode, il y signe déjà des cuts impressionnants.

Cut réalisé avec l’aide de Shigeki KUHARA.

En 1995, il travaille sur les épisodes 9 et 24 d’une autre série de méchas à succès, et non des moindres : Neon Genesis Evangelion. L’épisode 9, c’est celui où Shinji et Asuka doivent apprendre à bosser ensemble, et Nakamura va y animer une partie du combat final en duo contre l’ange de l’épisode (Israfel).

Les 42 premières secondes sont signées Keisuke WATABE. Nakamura prend le relai au moment du dédoublement de l’écran. L’explosion finale est l’œuvre d’un troisième animateur (Shoichi MASUO, pensent certains).

De retour chez Sunrise en 1996, après cette pause gainaxienne, il va travailler sur un autre Gundam (la 7e OVA de the 08th MS Team) et, surtout, sur Escaflowne.
Animateur clé de l’opening et de 8 épisodes, il signe, entre autres, une partie du combat final (épisode 26) : Nakamura s’est surtout illustré au cours de sa carrière avec ses scènes d’action et on retrouve déjà, en 1996, son style d’animation caractéristique pour les combats à base de lames.
Sans grande surprise, Sunrise va le rappeler en 2001 pour travailler sur le film d’Escaflowne, dont il va animer la magnifique scène de combat sur laquelle s’ouvre le film.

L’introduction du film d’Escaflowne.

En 1997, il est animateur clé pour le premier épisode d’Utena. Il est donc un des animateurs chargés de la scène de l’escalier.

En 1998, il travaille sur 12 épisodes de Cowboy Bebop. C’est un point tournant dans sa carrière, puisqu’une partie de l’équipe de Sunrise qui travaillait sur la série va fonder le studio Bones au cours de la diffusion, en octobre 1998. Ce faisant, Bones étant constitué d’anciens de chez Sunrise, il va très vite se retrouver à travailler essentiellement pour eux.

 

En effet, à part le film d’Escaflowne (en 2001) et l’épisode 14 d’Overman King Gainer (en 2002), il ne va plus travailler pour Sunrise avant un bon moment. À noter tout de même qu’il signe dans King Gainer une scène à l’animation assez impressionnante qui marque, par ailleurs, la première grande apparition d’un des éléments les plus représentatifs de son style actuel, les Yutapon cubes.


Yutapon cubes ? Kézako ?

Il s’agit du nom donné par les fans d’animation à la technique de Nakamura pour animer les scènes de destruction. Lorsqu’un mur explose, que le sol se fracasse, ou qu’un décor part en morceaux chez Nakamura, les débris qui en résultent sont souvent des volumes géométriques, avec des formes de pavés ou de cubes.
Dit comme ça, ça manque clairement de classe (ouais, j’explique mal, et alors ?), mais dans les faits le résultat est bien souvent assez bluffant. À un tel point que la technique de Nakamura a fait école et que l’on voit, au fur et à mesure, d’autres animateurs s’y essayer (Shingo YAMASHITA en a usé dans Naruto Shippuden, mais on la retrouve aussi pas mal dans les récentes adaptations par Tatsunoko du manga Yozakura Quartet (dans des séquences animées par le même Yamashita, mais pas que) et dans une petite quantité d’autres séries…)
Voici 3 utilisations de cette technique par d’autres animateurs, mais les exemples ne manquent pas, qu’ils soient signés ou non par Nakamura.

Takeshi MORITA joue aux cubes dans Happiness Charge Precure.

Takashi TORII fait de même dans Senran Kagura (oui, il y a des sakuga dans l’adaptation animée de Senran Kagura).

Shingo YAMASHITA s’y essaie aussi dans un des (nombreux) cuts de fou furieux de Yozakura Quartet.


Après la série Cowboy Bebop, il se retrouve, sans grande surprise, à travailler sur le film (en 2001). Il est le directeur de l’animation en charge des scènes d’action.

 

Au début des années 2000, il va continuer de travailler pour différents studios (dont I.G., avec Blood et GitS SAC) en plus de Bones, chez qui il va beaucoup travailler sur la série RahXephon (il participe à 10 épisodes et à l’opening), dont il réalise quelques cuts de qualité.

Et puis, à partir de 2003, avec Wolf’s Rain, Fullmetal Alchemist et Scrapped Princess il va commencer à ne plus travailler que pour le studio Bones.
Là-bas, il va pouvoir faire démonstration de son talent encore grandissant. Et la liste est assez impressionnante.

Vous vous souvenez de Rewrite, le 4e opening du FMA de 2003 : il en est le réalisateur, le story-boarder et un des animateurs clé. Par ailleurs, les séquences qu’il a livrées pour la série (le 3e opening et les épisodes 25, 31, 34, 47, 50 et 51) sont généralement assez folles.
Idem pour son travail sur Wolf’s Rain.

Opening 4 de FMA 2003 : les personnages sont l’œuvre de Yoshihiko UMAKOSHI, le reste est de Nakamura.

Scène de combat issue de l’ep. 34 de FMA 2003.

En 2005, il travaille sur The Conqueror of Shamballa, en tant qu’animateur clé, responsable du story-board et producteur. Il nous offre même quelques yutapon cubes en cadeau.
La même année, on le retrouve également dans une poignée d’épisodes de Eureka SeveN.
Détail amusant : même s’il est spécialisé dans les scènes d’action, il travaille sur le premier épisode de Host Club (2006).

 

 

 

Et puis arrive, en 2007, l’un de ses travaux les plus hallucinants : le film Sword of the Stranger, dont il est animateur clé (toujours). Le film en lui-même n’est pas mauvais, mais c’est vrai qu’il brille plus par sa technique que par son scénario.
Le duel final du film est l’une des plus belles débauches d’animation qu’il m’ait été données de voir à ce jour. Et vous savez quoi ? C’est l’œuvre de Nakamura.
Je partirai bien dans un long discours sur ce cut de 2 minutes, absolument hallucinant, entre les mouvements de caméra, les effets apportés par le vent et la neige, la chorégraphie, le travail sur les lames (leur mouvement, leur fluidité, la façon dont elles s’entrechoquent), le travail sur les expressions faciales, les débris, la fumée… mais finalement, une vidéo vaut largement tout ce que je pourrais en dire.

Je vous invite également à aller jeter un œil aux gengas disponibles relatifs à cette scène.

Parfois, je me demande à quel point ce film n’a pas été réalisé uniquement pour permettre à Nakamura de montrer l’étendue de son génie. Après tout, toute l’histoire n’est qu’un prétexte menant à ce combat final, alors peut-être que ce film n’est que la volonté de Bones de réaliser le plus beau duel au sabre de l’animation japonaise.

Après avoir placé la barre aussi haut, il aurait pu s’arrêter, on ne lui en aurait pas voulu. Mais non. Le revoilà en 2008 pour Soul Eater (là encore, une dizaine d’épisodes ainsi que le 2e opening de la version DVD / BD). Et son niveau n’a pas baissé.

Soul Eater BD – Op 2. Jusqu’où Nakamura ira-t-il ?

En 2009 – 2010, il travaille un peu sur FMA Brotherhood et un peu sur Darker than Black (un épisode de la série, deux des OVA).
Où trouve-t-on des yutapon cubes et un combat à l’épée très bien animé dans le 2e FMA ? Dans le deuxième opening. C’est malheureusement sa seule (mais néanmoins très belle) contribution à cette série.

Quel dommage que la chanson de cet opening soit la moins cool des 5.

Darker than Black Gaiden – OVA 1

En 2011, le revoilà, toujours en très grande forme, avec Star Driver, dont il est animateur clé du premier opening et des épisodes 1 et 25 (le premier et le dernier, ceux qu’il ne faut pas rater, quoi). On verra aussi son travail magistral (et ses cubes) dans le dernier épisode d’Un-Go, dont il est à la fois animateur clé et assistant directeur de l’animation.

Nakamura signe la majeure partie du très beau premier opening de Star Driver (mais pas la magnifique dernière séquence, qui est l’œuvre de Hironori TANAKA).

On lui doit aussi ce stupéfiant affrontement de méchas dans l’épisode 1.

Ainsi que quelqu’uns de ses cubes dans Un-Go.

Ce n’est pas encore (tout à fait) fini : on le revoit un peu dans le film Star Driver (il y est fidèle à lui-même). Je ne parlerai par contre pas de son implication dans l’animation du dernier épisode d’Eureka SeveN AO, puisque cette série n’existe pas.

Le film Star Driver a aussi bénéficié de son génie. Et c’est hallucinant !

En 2013, détail amusant, il fait un léger crochet par chez Sunrise, après 10 ans à ne travailler que pour Bones. Et pourquoi cela ? Pour animer 3 secondes du deuxième opening d’Aikatsu! Et quelles 3 secondes !
J’ignore pourquoi il s’est retrouvé à animer de façon absolument folle le meilleur personnage d’une série d’un studio pour lequel il n’a plus travaillé depuis 2002, mais son travail est, comme d’habitude, époustouflant. Par ailleurs, il n’est même pas crédité pour ces quelques secondes. Sa passion était-elle si forte pour qu’il se retrouve là ?

nakamuraAikatsuOp2-01La partie de Nakamura se résume à la silhouette dansante (et aux effets l’accompagnant),
cf. le genga ci-dessous pour plus de détails.

nakamuraAikatsuOp2-02Notez le nombre de frames. 47 pour 2 – 3 secondes. C’est de la folie !

Et puis, en 2014, il se retrouve sur Space Dandy, qui est très certainement la série la mieux fichue, techniquement parlant, de l’année : toujours en tant qu’animateur clé, il bosse sur les premiers et derniers épisodes de chaque saison et sur quelques autres (les 7, 15, 17 et 22). Il est même, pour la première fois de sa carrière, character designer, le temps d’un épisode (le premier de la saison 2).
Sur cette série, il livre du grand Nakamura, comme à son habitude.

 

Une scène de Space Dandy 1 par Nakamura, dans sa version finale, puis en genga. On note, une fois de plus, la présence des cubes.

 

Idem (épisode 17, cette fois).

Non anecdotique, il a aussi travaillé, en 2014, sur le dernier épisode d’une autre série : Captain Earth. Série assez peu appréciée, mais souvent bien animée, avec une qualité d’animation atteignant son apogée dans les deux derniers épisodes.


Tout ceci est bien long, mais face à l’ampleur et surtout la qualité de l’œuvre de cet homme, il est difficile de faire des choix.
Je résumerai donc ainsi : Nakamura est un animateur de génie qui travaille avec le studio Bones depuis sa fondation, si bien qu’il est devenu aujourd’hui un de ses membres importants. Il n’est pas rare de le retrouver sur les épisodes phares des séries Bones et, de façon générale, derrière une quantité de sakuga sortis de ce studio.
C’est un monstre et, sûrement, un des meilleurs animateurs actuellement dans le circuit. Il excelle dans les scènes d’action et son style a même fait des émules, puisqu’on voit, désormais, d’autres animateurs s’en inspirer.
Devenir un modèle au fil des années, n’est-ce pas la marque des plus grands ?

Liste des boulots de monsieur Nakamura sur @wiki.
Pages lui étant consacrées sur sakugabooru.

Anecdote finale : la scène du duel de Sword of the Stranger est, à l’heure actuelle, le sakuga le plus populaire (toute catégories confondues) sur le site sakugabooru (la bible, vous dit-on), et pourtant, il y a du niveau.
Le film a été nommé pour les Oscars de 2009, en grande partie pour sa qualité technique.

 

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