Produire plus pour gagner plus, les sacrifiés du business model de TOEI

Les remakes de vieilles séries de TOEI ont été vivement critiqués. Des critiques dues à la nostalgie mais aussi au business model que TOEI pratique depuis des années.

Préambule : ce billet a été écrit suite à une demande de Benjamin BENOIT du Monde qui voulait des informations pour étayer son article sur Digimon Tri. Étant donné que le sujet est d’actualité, j’en ai profité pour écrire un billet complet pour apporter des informations concernant le business model de TOEI en 2015.

TOEI est le plus vieux studio encore en activité et tout simplement le plus vieux studio d’animation japonais. Le studio a sorti des centaines de séries différentes, d’animés fleuves connus mondialement comme One Piece à des œuvres beaucoup plus confidentielles au format étrange comme Kyousougiga. C’est un studio qui a bercé l’enfance d’un grand nombre de personnes avec par exemple ses animés de Dragon Ball, de Sailor Moon ou de Digimon. C’est pourtant un studio qui, actuellement, subit un certain nombre de critiques sur ses séries récentes et plus particulièrement sur les remakes de ses anciennes séries. Dragon Ball Super, Sailor Moon Crystal et tout récemment Digimon Tri ont été très mal appréciés par les fans de la première heure.

DB Super

La raison est en fait assez simple, ces animés n’existent pas pour être vus en tant que tel par les premiers fans. Sailor Moon Crystal est destiné aux femmes trentenaires qui ont vu les premières séries durant leur adolescence et qui ont maintenant des sous. L’animé de Sailor Moon Crystal est un échec incroyable pris seul mais ramène des sommes d’argent colossales grâce à la vente de bijoux et d’accessoires de maroquinerie vendus plusieurs centaines d’euros. Dragon Ball Super est là pour toucher le jeune public, celui qui a été attiré par le récent Dragon Ball Kai. Des enfants qui ont un regard beaucoup moins critique que des adultes, adultes qui de toute façon n’ont plus le temps de mater les épisodes chaque semaine et iront voir les versions cinématographiques qui sont beaucoup plus travaillées. Digimon Tri est lui entre les deux. C’est une tentative de ressusciter une série qui a beaucoup marché à une époque mais qui depuis ne survit plus que grâce à ses jeux. La double diffusion de la série d’abord au cinéma et en streaming, puis dans un deuxième temps à la télé, a pour but d’attirer tant les adultes fans de la série que les enfants qui vont la découvrir en 2016.

Et ce ne sont que 3 exemples parmi beaucoup. TOEI a toujours cherché, et c’est encore plus le cas maintenant, à produire beaucoup d’animés. L’équation est simple : + d’animés = + de sous. Tout simplement. La quantité rapporte beaucoup plus que la qualité, c’est ainsi que TOEI voit les choses. Ce qui conduit à un résultat simple. TOEI Corporation a des sous mais les animateurs de TOEI Animation n’ont plus le temps. Ils sont constamment et en permanence en train de se battre contre le temps pour sortir chaque semaine un épisode de chacune des séries en cours. Même avec toute la passion du monde, même avec tout l’amour qu’ils peuvent porter à leur travail, les animateurs sont dans l’incapacité de réaliser du bon travail.

Ce n’est cependant pas un phénomène nouveau. Les gens continuent encore maintenant de se moquer de l’animé de Dragon Ball lorsque les 5 minutes avant l’explosion de Namek ont duré 5 épisodes de 25 minutes. La première saison de Digimon avait d’énormes problèmes de rythme et l’animation n’était qu’une succession de plans fixes. Seuls les épisodes de Mamoru HOSODA, qui a plus tard quitté TOEI pour réaliser des films comme SUMMER WARS ou le récent Le Garçon et la Bête, étaient particulièrement marquants. La nostalgie a ensuite permis au reste de la série de devenir mémorable, beaucoup plus que ce qu’elle est objectivement. Sailor Moon a eu plus de chance puisque tout du long, l’animé a eu droit à d’excellents réalisateurs que sont successivement Jun’Ichi SATO, Kunihiko IKUHARA puis Takuya IGARASHI. Mais ces réalisateurs, comme beaucoup d’autres, ont quitté TOEI ou se sont dirigés vers des projets plus confidentiels. Et c’est peut-être là qu’est la différence avec le TOEI d’avant.

Sailor S

Incontestablement, le studio est encore une très bonne école mais les bons animateurs et les bons réalisateurs ne veulent plus travailler sur des séries qu’ils savent d’avance impossible à réaliser correctement à cause du temps risible imparti. Ce sont les hommes et les femmes qui font les animés et sans eux, il n’y a rien. Ces gens ne sont plus chez TOEI ou sont beaucoup trop occupés ailleurs et on en arrive au point où le premier film de Digimon Tri a été entièrement sous-traité. La série n’a de TOEI que le nom puisqu’il n’y a pas le moindre animateur du studio à avoir travaillé dessus. Par manque d’hommes et de femmes pour en assurer la réalisation et l’animation. Par manque de temps pour pouvoir s’occuper des autres séries à côté.

Le monstre TOEI en veut toujours plus et continuera à produire toujours plus pendant que les enfants d’hier deviennent critiques envers les séries qu’ils ont aimées. Il est probable que dans 15 ans, les enfants ayant commencé l’animation avec Dragon Ball Super ou Digimon Tri critiquent à leur tour les nouvelles productions du studio. Mais c’est le business model de l’animation japonaise dans son ensemble qui veut ça. Tant que les produits dérivés rapporteront plus que les animés qui les promeuvent, tant que le méga-hit compensera l’échec de centaines de séries, la quantité sera préférable à la qualité. Digimon Tri n’est qu’une victime de plus qui aura, heureusement ou malheureusement, été un peu plus attendue que les autres. Rien de plus, rien de moins.

DigiTri

Bonus : Pour les gens intéressés, une petite comparaison chiffrée entre l’argent rapporté par Dragon Ball Super purement par les épisodes, c’est à dire la vente de BluRay et DVD d’un côté et la vente des goodies de l’autre côté. En 2016, il est actuellement prévu une BluRay Box et une DVD Box. La BR Box est à 16 000 yens, la DVD Box 12 000, dans les deux cas pour 12 épisodes. Prenons un prix moyen de 15 000 yens. Pour 10 000 ventes, ce qui est loin d’être déshonorable vu que, pour comparaison, Sailor Moon Crystal tournait autour de 3500 ventes, on a un chiffre d’affaires de 150 millions de yens. Si on regarde maintenant l’estimation des ventes de Bandai Namco (c’est à dire une estimation uniquement sur les produits dérivés), le groupe estime que DB Super leur rapportera 28.5 milliards de yens. Même si j’ai grandement sous-estimé les ventes des épisodes de DB Super, on est loin du milliards de yens là où les produits dérivés rapporteront, au minimum puisqu’on ne parle ici que de la part de Bandai Namco, presque 30 milliards de yens. On est sur deux niveaux d’argent incomparables.

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